HOROSCOPE

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HOROSCOPE
HOROSCOPE

Sans revenir ici sur l’histoire de l’astrologie ou sur les techniques divinatoires, on peut considĂ©rer l’horoscope comme la forme la plus rĂ©pandue de production astrologique dans la sociĂ©tĂ© actuelle, principalement Ă  travers les rubriques spĂ©cialisĂ©es de la grande presse.

Pourquoi est-ce l’astrologie qui a conquis la premiĂšre place comme produit industriel divinatoire? Essentiellement Ă  cause de l’audience qu’elle a trouvĂ©e dans la presse, car il semble que les tarots, les cartes, la chiromancie et diverses formes de voyance connaissent, dans les cabinets de consultation, une vogue au moins Ă©gale Ă  celle de l’astrologie dans les pĂ©riodiques. Par ailleurs, l’horoscope correspond aux caractĂ©ristiques du marchĂ© de la presse, parce qu’il traite les cas personnels en fonction de catĂ©gories, ce qui est nĂ©cessaire lorsque les prĂ©dictions doivent concerner les lecteurs et non telle vedette dĂ©terminĂ©e, et parce que sa base calendaire est bien adaptĂ©e Ă  la pĂ©riodicitĂ© de la publication. Quoi qu’il en soit des facilitĂ©s que l’astrologie offre Ă  la presse, on doit invoquer d’autres raisons pour expliquer son succĂšs. Il semble d’abord que les modes particuliers de la combinatoire astrologique se prĂȘtent Ă  la production industrielle par le fait qu’il suffit de douze catĂ©gories pour que l’individu ait l’impression de se retrouver. Peut-ĂȘtre l’astrologie offre-t-elle aussi Ă  chacun la commoditĂ© d’une perception classificatoire de son entourage.

On voit s’exercer dans ce phĂ©nomĂšne l’attrait d’une dĂ©marche qui coupe au plus court pour trouver une hyper-rationalitĂ© apparente en faisant l’économie des cĂŽtĂ©s pĂ©nibles de la science qui reconnaĂźt ses ignorances, renonce Ă  calculer la totalitĂ© des dĂ©terminations qui pĂšsent sur l’évĂ©nement singulier et cesse de faire graviter le monde autour de l’homme. Jean Piaget montre que la technique naĂźt d’une dĂ©centration par rapport Ă  l’individu et la science, d’un effort pour prendre de la distance Ă  l’égard du groupe. L’astrologie constitue Ă  cet Ă©gard une rĂ©gression profonde, puisque l’individu y devient le pivot autour duquel on fait tourner l’explication d’évĂ©nements survenant de l’extĂ©rieur au cours d’une biographie.

1. La presse et l’astrologie

À la fin du XIXe siĂšcle, l’astrologie avait presque totalement disparu en France; elle ne redĂ©marra par la suite que sous la forme discrĂšte d’ouvrages, puis de pĂ©riodiques spĂ©cialisĂ©s, dont la diffusion se limitait Ă  des cercles sensibilisĂ©s Ă  l’occultisme. Il aura fallu la rubrique d’horoscope dans les journaux pour que la population soit massivement atteinte par la pratique de l’astrologie.

L’horoscope, comme rubrique rĂ©guliĂšre, apparaĂźt en 1935 dans les journaux français, Ă  l’imitation de la presse nord-amĂ©ricaine. Sa prĂ©sentation et son contenu Ă©volueront jusqu’à la forme actuelle, mise au point aprĂšs la Seconde Guerre mondiale; la consommation des horoscopes connaĂźtra en mĂȘme temps une extension spectaculaire.

En 1979-1980, pour les quotidiens et pour les magazines hebdomadaires, nous obtenons la mĂȘme proportion d’horoscopes: prĂšs des deux tiers (prĂ©cisĂ©ment, 63 p. 100) du total des exemplaires diffusĂ©s comportent la rubrique. En 1960 environ, cette proportion s’élevait seulement Ă  la moitiĂ©. Parmi les quotidiens, il y a entre les quotidiens nationaux et les quotidiens rĂ©gionaux une diffĂ©rence trĂšs marquĂ©e: les premiers n’ont qu’une minoritĂ© (39 p. 100) d’exemplaires diffusĂ©s comportant la rubrique; les seconds, prĂšs des trois quarts (72 p. 100). Du cĂŽtĂ© des magazines hebdomadaires, les «fĂ©minins» ont presque tous un horoscope (92 p. 100 des exemplaires diffusĂ©s), alors que les autres magazines s’en abstiennent largement (35 p. 100 des exemplaires diffusĂ©s comportent la rubrique). La presse apparaĂźt ainsi comme jouant de plus en plus le rĂŽle de vecteur dans la consommation d’astrologie, mais avec des cibles particuliĂšres. Le dĂ©clin relatif des quotidiens parisiens renforce cette tendance.

Sauf Ă  se ramasser parfois dans des mises en page plus frustes, l’horoscope de presse comprend normalement des cases disposĂ©es en tableau. Chaque rangĂ©e horizontale correspond Ă  un des douze signes du zodiaque, Ă©ventuellement Ă  un des trente-six dĂ©cans (lorsqu’on subdivise le signe en trois dĂ©cans). Dans les colonnes sont rĂ©partis les domaines sur lesquels l’astrologue fournit ses indications: santĂ©, vie affective et activitĂ©s Ă©conomiques; parfois, une colonne supplĂ©mentaire contient des renseignements sur la «chance», matĂ©rialisĂ©e par les nombres, les couleurs ou pierres prĂ©cieuses favorables. La grille complĂšte a donc 144 cases. Des Ă©lĂ©ments variables peuvent venir s’ajouter Ă  la grille: horoscope des enfants nĂ©s dans la pĂ©riode considĂ©rĂ©e, des personnes dont c’est l’anniversaire, ou de vedettes; publicitĂ© pour des consultations de voyance ou des talismans.

L’essentiel reste cependant le tableau Ă  double entrĂ©e, procĂ©dĂ© trĂšs ancien de combinatoire, de plus en plus rĂ©pandu de nos jours Ă  travers les indicateurs ferroviaires, barĂšmes, tarifs, piĂšces comptables, emplois du temps, programmes de spectacles, mots croisĂ©s et ainsi de suite. Un des principaux avantages, ici, est de permettre Ă  chacun une lecture personnalisĂ©e, car le consommateur cherche les indications correspondant Ă  son signe ou aux signes de ses proches, de sorte que les diffĂ©rences individuelles se traduisent matĂ©riellement dans la mise en page. DestinĂ© Ă  ĂȘtre lu par des milliers, voire des centaines de milliers de personnes concernĂ©es par la mĂȘme rangĂ©e de cases, le texte est rĂ©digĂ© dans un style allusif, se prĂȘtant Ă  des interprĂ©tations fort diverses, ce qui permet de pousser plus loin la personnalisation dans la lecture que fait le consommateur. Ainsi, l’affectivitĂ© est le plus souvent orientĂ©e vers le couple, mais l’aspect sexuel reste d’ordinaire simplement suggĂ©rĂ© et rien ne prĂ©cise en gĂ©nĂ©ral s’il s’agit ou non de vie conjugale: l’«ĂȘtre aimé», le «compagnon» sont des termes qui se prĂȘtent largement Ă  toutes sortes de projections.

La terminologie technique de l’astrologie est rĂ©duite Ă  sa plus simple expression; les planĂštes ne sont mentionnĂ©es que par une minoritĂ© de journaux et le saupoudrage d’«aspects», «trigones» ou «conjonctions» reste assez discret pour qu’il soit permis d’y voir un simple souci ornemental. Enfin, les pronostics sont d’ordinaire assez prudents: l’évĂ©nement n’est guĂšre prĂ©sentĂ© comme inĂ©luctable, ou bien il est dĂ©crit d’une façon floue qui contraste avec la prĂ©cision des dates.

L’astrologie est devenue un produit industriel d’abord Ă  travers la presse. Mais le marchĂ© a Ă©tĂ© ensuite inondĂ© par d’autres produits vĂ©hiculant les signes de naissance dans le sillage des horoscopes de presse: pendentifs, mĂ©dailles, bracelets, porte-clefs, cartes postales, agendas, mouchoirs, polos, foulards, cendriers, verres Ă  jus de fruit, Ă©tuis d’allumettes, sachets de sucre en poudre, etc. Les techniques de diffusion massive ont toutes servi l’astrologie, qui a gagnĂ© la radio, la tĂ©lĂ©vision, le roman, la littĂ©rature policiĂšre, la science-fiction, la chanson, sans parler des multiples pĂ©riodiques spĂ©cialisĂ©s.

2. Fonction sociale des horoscopes

Il faut Ă©carter l’hypothĂšse selon laquelle la consommation massive d’astrologie serait due Ă  la valeur prĂ©dictive des horoscopes, la rĂ©alisation des pronostics que contiennent ceux-ci n’étant ni plausible en thĂ©orie ni vĂ©rifiĂ©e en pratique. Ce mode de divination remplit toutefois d’autres fonctions sociales, indĂ©pendantes de toute validation par des Ă©vĂ©nements plus ou moins conformes aux indications des rubriques astrologiques.

En effet, non seulement les arguments statistiques en faveur des horoscopes n’emportent pas l’adhĂ©sion des astronomes (P. Couderc, L’Astrologie , Paris, 1951), mais 23 p. 100 seulement des personnes interrogĂ©es par l’I.F.O.P. (en 1962-1963) disent avoir dĂ©jĂ  constatĂ© que des prĂ©dictions de cette nature s’étaient rĂ©alisĂ©es de maniĂšre remarquable. En fait, la faveur que connaissent les horoscopes est induite moins par l’expĂ©rience d’évĂ©nements conformes Ă  la prĂ©vision que par les difficultĂ©s qu’éprouvent les sujets Ă  s’adapter Ă  la civilisation industrielle occidentale.

Exorciser le hasard

Les applications de la science ont rĂ©duit un certain nombre d’alĂ©as traditionnels, par exemple en faisant reculer la mortalitĂ© infantile; ou bien elles ont procurĂ© des techniques pour en combattre les consĂ©quences, comme c’est le cas avec les assurances contre divers risques. Dans le mĂȘme temps, les Églises ont renoncĂ© progressivement Ă  une grande partie de leurs fonctions protectrices, notamment Ă  celles que remplissaient les dĂ©votions «libres», aujourd’hui tombĂ©es en dĂ©suĂ©tude et tenues pour suspectes par le clergĂ©. Entre le terrain qu’a gagnĂ© la technique et celui qu’a perdu la religion, il reste un no man’s land d’autant plus large que les nouveaux modes de vie engendrent Ă  leur tour des alĂ©as (accidents, spĂ©culations financiĂšres) ou donnent une place accrue Ă  des formes traditionnelles du hasard (fatalitĂ© amoureuse). Ce qui accentue le phĂ©nomĂšne, c’est que souvent la population attachĂ©e Ă  la religion ne se sent plus autant qu’autrefois protĂ©gĂ©e par la Providence et que les gens ont du mal Ă  accepter de «jouer le jeu» des techniques efficaces contre l’alĂ©atoire; en effet, il y a devant le hasard un vertige qui lui donne ce caractĂšre que Rudolf Otto a reconnu dans le sacrĂ©: ĂȘtre Ă  la fois terrifiant et fascinant. Ainsi, le turfiste qui s’inspire de son horoscope pour choisir son cheval cherche le risque et le fuit en mĂȘme temps. Les terrains favoris des horoscopes sont, on l’a vu, la santĂ©, l’argent et l’amour. Mais il s’agit toujours de leurs aspects alĂ©atoires.

Expliquer le destin et fournir un médiateur

L’opacitĂ© de l’enchevĂȘtrement des causes est manifeste surtout au niveau de l’individu: pourquoi est-ce Ă  moi et aujourd’hui que ça arrive? Ce qui, pour le savant, reste conjectural et secondaire ou doit ĂȘtre Ă©tudiĂ© selon des sĂ©ries et Ă  travers des lois de probabilitĂ© devient pour chacun quelque chose d’essentiel: la singularitĂ© de la destinĂ©e. DĂ©peuplant la nature des intentions qu’on lui prĂȘtait jadis, la science laisse beaucoup d’hommes d’aujourd’hui dĂ©sarmĂ©s devant l’aspect subjectif de l’évĂ©nement. L’astrologie reste Ă  mi-chemin, car elle ne rĂ©fĂšre pas l’explication du destin Ă  des esprits et cependant elle ne supporte pas l’ascĂšse qui consisterait Ă  abandonner l’idĂ©e selon laquelle l’ensemble des Ă©vĂ©nements survenus de l’extĂ©rieur dans une vie constitue un bloc ayant sa ligne de dĂ©termination interne. De mĂȘme que l’astrologie, sous prĂ©texte de mettre notre planĂšte sous la dĂ©pendance du cosmos, reste gĂ©ocentrique, de mĂȘme la signification subjective des dĂ©terminations externes successives d’une biographie individuelle est censĂ©e correspondre Ă  un dĂ©terminisme pour lequel la personnalisation initiale (le ciel de naissance) est le fil conducteur objectif. On voit trĂšs bien ici comme l’ego se soumet le dĂ©terminisme lui-mĂȘme.

CorrĂ©lativement, l’astrologie fournit Ă  son consommateur la mĂ©diation d’une personne qui interprĂ©tera les signes du destin astral Ă  la place du prĂȘtre qui dĂ©chiffrait traditionnellement les voies de la Providence.

Vulgariser la psychologie et l’art de vivre

Serge Moscovici a notĂ© le lien Ă©tabli dans la presse entre la psychanalyse et l’astrologie. Le mĂ©canisme qui aboutit Ă  ce rapprochement est trĂšs significatif. La rĂ©fĂ©rence Ă  la psychanalyse devient ici une typologie des personnalitĂ©s et un art de vivre rationnellement avec son tempĂ©rament. Plus gĂ©nĂ©ralement, l’astrologie ne retient de la psychologie que des caractĂ©rologies, des recettes d’équilibre et de bonheur, pour rĂ©pondre Ă  certains des besoins que l’on a mentionnĂ©s plus haut. Encore, dans la consommation courante d’horoscopes, cette sphĂšre rĂ©apparaĂźt-elle d’une façon Ă©miettĂ©e, dĂ©gradĂ©e.

Donner un caractĂšre pratique Ă  la «nĂ©buleuse d’hĂ©tĂ©rodoxie»

Dans les journaux qui la vĂ©hiculent et dans la psychologie des consommateurs, l’astrologie se prĂ©sente au milieu d’un contexte constituĂ© par une nĂ©buleuse d’hĂ©tĂ©rodoxie. Dans certains pĂ©riodiques, les horoscopes s’encadrent souvent d’annonces publicitaires, concernant des consultations de voyance ou de magie, des talismans, des guĂ©risseurs et des mĂ©thodes de domination de soi ou des autres. Dans les pĂ©riodiques astrologiques, l’ésotĂ©risme, les diverses traditions divinatoires, le culte des vedettes, le spiritisme, le yoga, la «parapsychologie», les thĂ©rapeutiques non scientifiques, la radiesthĂ©sie, la graphologie, etc., se conjuguent systĂ©matiquement. Certains magazines ou revues prĂ©sentent un mĂ©lange dont les composantes sont en grande partie analogues, mais plus diffuses. Enfin, une notable proportion de la presse quotidienne et hebdomadaire vĂ©hicule des bribes de cet ensemble, dont l’astrologie n’est en dĂ©finitive qu’un fragment.

La consommation des horoscopes s’inscrit ainsi parmi des comportements dont le trait commun rĂ©side dans la protestation contre ce qui est «officiel» au niveau de la science, de l’État et de la religion dominante. Il ne s’agit pas, en effet, d’un type de rationalitĂ© qui trouverait sa cohĂ©rence dans une instance de lĂ©gitimation ou dans une procĂ©dure codifiĂ©e pour la rĂ©gulation des croyances; au contraire, lĂ©gitimation et rĂ©gulation sont ici contreposĂ©es aux instances et procĂ©dures officielles; elles tirent leur prĂ©gnance de la dialectique entre protestation contre l’orthodoxie et revendication de dĂ©passement dans la rivalitĂ© avec l’orthodoxie pour la rĂ©alisation des valeurs dont l’orthodoxie se crĂ©dite. Le triangle des Bermudes, l’archĂ©ologie-fiction et l’horoscope trouvent leur parentĂ© dans une commune appartenance Ă  cette nĂ©buleuse d’hĂ©tĂ©rodoxies, si divergentes par ailleurs. Connaissances para-scientifiques, religiositĂ© dĂ©confessionnalisĂ©e et pouvoirs anarchiques s’y entrecroisent en tous sens, comme alternatives aux systĂšmes officiellement Ă©tablis.

3. Le marché des horoscopes

La consommation d’astrologie est trĂšs inĂ©galement rĂ©partie dans la population française. Les diffĂ©renciations qu’on peut observer sont rĂ©vĂ©latrices de la nature du phĂ©nomĂšne.

Deux sondages de l’I.F.O.P., commanditĂ©s par France-Soir en 1962 et en 1963, fournissent Ă  ce sujet d’intĂ©ressantes donnĂ©es. On ne s’étonnera pas de constater que les femmes manifestent plus souvent que les hommes une attitude favorable Ă  l’astrologie. Plus surprenants seront sans doute les traits qui confirment l’hypothĂšse du caractĂšre «moderne» du phĂ©nomĂšne: les attitudes favorables sont d’autant plus rĂ©pandues que la personne interrogĂ©e est plus jeune et habite une plus grande agglomĂ©ration; elles sont moins frĂ©quentes dans les milieux agricoles. D’ailleurs, Ă  cette Ă©poque, la proportion d’exemplaires comprenant des horoscopes est plus forte dans la presse quotidienne de Paris que dans celle de province. C’est dans les milieux d’employĂ©s que l’astrologie est le plus en vogue; par exemple, la lecture rĂ©guliĂšre ou occasionnelle des horoscopes y est attestĂ©e Ă  72 p. 100 contre 57 p. 100 chez les commerçants et 37 p. 100 chez les agriculteurs. On peut reprendre ces donnĂ©es dans le tableau ci-dessous qui indique la proportion des personnes prĂ©sentant Ă  la fois les trois caractĂ©ristiques suivantes: elles connaissent leur signe, lisent l’horoscope au moins de temps en temps et disent qu’il y a une part de vĂ©ritĂ© dans les traits de caractĂšre attribuĂ©s aux individus par l’astrologie.

Un sondage rĂ©alisĂ© par la Sofres en aoĂ»t 1981 (pour l’hebdomadaire Bonnes SoirĂ©es ) sur «les attitudes et opinions du public face aux phĂ©nomĂšnes parapsychologiques et paranormaux» comporte des questions sur les horoscopes. La rĂ©ception rĂ©guliĂšre (par la lecture des journaux ou l’écoute de la radio) est attestĂ©e chez 28 p. 100 des personnes interrogĂ©es; la rĂ©ception occasionnelle, chez 32 p. 100; ces taux atteignent plus du double de ceux qui concernent la pratique rĂ©guliĂšre ou occasionnelle de la messe dominicale. La croyance aux horoscopes est relevĂ©e sur deux plans: la prĂ©diction par les signes astrologiques, 25 p. 100; l’explication des caractĂšres par ces mĂȘme signes, 36 p. 100; la supĂ©rioritĂ© du second pourcentage est trĂšs Ă©clairante. La connaissance de son propre signe est attestĂ©e par 90 p. 100 de l’échantillon, contre 13 p. 100 seulement quand il s’agit de prĂ©ciser l’ascendant. Enfin, le poids statistique de la consommation d’astrologie par la voie des mĂ©dias contraste avec la raretĂ© relative des pratiquants qui prennent une consultation personnelle: 9 p. 100 disent avoir fait cette dĂ©marche plusieurs fois; 11 p. 100, Ă  une seule occasion.

Si l’on Ă©tudie les dispositions d’esprit mises en Ɠuvre par les lecteurs d’horoscopes, on constate que le trait le plus caractĂ©ristique est un certain Ă©gocentrisme. L’analyse du contenu des horoscopes et des lettres adressĂ©es Ă  ce sujet par des lecteurs montre que la rubrique constitue une sorte de message personnel, oĂč chacun projette ses prĂ©occupations intimes.

Les horoscopes et les objets astrologiques s’adressent d’une façon manifeste à l’ego du consommateur, les tiers n’apparaissent guùre que comme un moyen de procurer des satisfactions à ce dernier.

L’interfĂ©rence avec l’attitude religieuse est rĂ©vĂ©latrice. Par exemple, la question: «Aimeriez-vous faire Ă©tablir votre horoscope personnel si on vous en offrait la possibilitĂ©?» a donnĂ©, dans le sondage rĂ©alisĂ© par l’I.F.O.P., les proportions suivantes de «oui»: catholiques pratiquants rĂ©guliers, 37 p. 100; catholiques pratiquants occasionnels, 43 p. 100; catholiques non pratiquants, 13 p. 100; autres religions ou sans religion, 12 p. 100. L’échelonnement est le mĂȘme pour la plupart des questions. Il semblerait que la religiositĂ© favorise le recours Ă  l’astrologie, mais que des liens assez forts avec l’Église freinent cette tendance.

Dans la presse, les deux grands secteurs de rĂ©sistance Ă  l’astrologie sont l’Église catholique et le Parti communiste. On remarquera combien la prĂ©gnance de l’horoscope est faible chez les Français «sans religion».

D’une façon gĂ©nĂ©rale, il faut bien voir aussi que l’intĂ©rĂȘt pratique pour les horoscopes ne s’accompagne le plus souvent que d’une foi trĂšs superficielle dans l’astrologie.

horoscope [ ɔrɔskɔp ] n. m.
‱ oroscope 1529; « conjonction astrale » 1512; lat. horoscopus, gr. hĂŽroskopos « qui considĂšre (skopein) l'heure de la naissance »
1 ♩ Étude de la destinĂ©e (d'un individu) fondĂ©e sur les influences astrales depuis l'heure de la naissance; observation de l'Ă©tat du ciel, des aspects des astres Ă  ce moment. ⇒ astrologie; 2. ascendant, signe, zodiaque. Faire, dresser l'horoscope de qqn. Lire, consulter son horoscope.
2 ♩ Par ext. PrĂ©diction de l'avenir par un procĂ©dĂ© quelconque. ⇒ magie; -mancie.

● horoscope nom masculin (latin horoscopus, du grec hĂŽroskopos) ReprĂ©sentation conventionnelle du ciel Ă  l'instant d'un Ă©vĂ©nement, en particulier d'une naissance. Ensemble des prĂ©dictions qu'on en tire. ● horoscope (difficultĂ©s) nom masculin (latin horoscopus, du grec hĂŽroskopos) Genre Masculin : un horoscope.

horoscope
n. m. ASTROL
d1./d Prédiction de l'avenir d'une personne d'aprÚs la position des planÚtes à certains moments de sa vie.
d2./d Document représentant cette position. Dresser un horoscope.

⇒HOROSCOPE, subst. masc.
A. — Examen (effectuĂ© par les astrologues) du thĂšme astral et des influences planĂ©taires dominantes lors de la naissance d'un individu, de façon Ă  prĂ©dire son avenir.
♩ Bon, mauvais horoscope; horoscope fĂącheux, favorable, fatal. Bonnes, mauvaises conjonctions astrales lors d'une naissance; bonne, mauvaise destinĂ©e qui peut en rĂ©sulter. Un horoscope fatal m'a menacĂ©e au berceau de n'ĂȘtre heureuse que pendant un an (NODIER, FĂ©e Miettes, 1831, p. 175).
— P. mĂ©ton. Tableau de l'observation des astres Ă©tabli pour cet examen :
‱ ... l'astrologue commence Ă  Ă©tablir la figure de l'horoscope. Deux schĂ©mas peuvent ĂȘtre utilisĂ©s : soit l'horoscope carrĂ©, autrefois seul en usage; soit l'horoscope circulaire, presque universellement adoptĂ© Ă  notre Ă©poque.
Divin. 1964, p. 181.
♩ Dresser, faire, tirer l'horoscope de qqn. Établir ce tableau et faire les prĂ©dictions qui dĂ©coulent de son examen. Brunetto Latini, qui l'avait vu naĂźtre [Dante] et qui avait tirĂ© son horoscope, en voulut vĂ©rifier les prĂ©sages (OZANAM, Philos. Dante, 1838, p. 68).
B. — PrĂ©diction de l'avenir (d'une personne), fondĂ©e ou non sur l'astrologie. Des cartes (...) que le diseur d'horoscope divise en paquets d'aprĂšs des lois mystĂ©rieuses (BALZAC, Cous. Pons, 1847, p. 120). L'Astrologue : Demandez votre horoscope! le passĂ©, le prĂ©sent, l'avenir garanti par les astres fixes! (CAMUS, État de siĂšge, 1948, p. 202).
REM. 1. Horoscopie, subst. fĂ©m., rare. Art d'Ă©tablir des horoscopes. Diseurs de bonne aventure qui confondent en une seule science la chiromancie, la cartomancie et l'horoscopie (BALZAC, U. MirouĂ«t, 1841, p. 69). 2. Horoscopique, adj. Qui ressortit Ă  l'horoscopie. Nouvelle astrologie! Ce ne sont plus les astres qui fixent notre destinĂ©e avec l'arrĂȘt horoscopique (CLAUDEL, Art poĂ©tique, 1907, p. 142). Le caractĂšre absolument individuel de toute situation horoscopique particuliĂšre (Divin. 1964, p. 239).
Prononc. et Orth. : []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1512 « conjonctions astrales lors d'une naissance » (J. LEMAIRE DE BELGES, Illustrations, I, 272 ds QUEM. DDL t. 3); 2. av. 1695 lang. cour. « prĂ©diction » (LA FONTAINE, PoĂ©sies diverses, Ă©d. RĂ©gnier, t. 8, p. 456). Empr. au lat. horoscopus « horoscope, constellation sous laquelle on est né », lui-mĂȘme du gr. adj. « qui observe l'heure natale, d'oĂč : qui tire l'horoscope de la naissance » et subst. « l'ascendant; l'horoscope » (de « pĂ©riode, durĂ©e, annĂ©e, heure » et « observer, examiner »). FrĂ©q. abs. littĂ©r. : 68.

horoscope [ɔʀɔskɔp] n. m.
ÉTYM. 1512, J. Lemaire de Belges, « conjonction astrale »; oroscope, 1529, Rabelais; « prĂ©diction », fin XVIIe; lat. horoscopus, grec hĂŽroskopos, de horos « heure », et skopein (→ -scope) « qui considĂšre (skopein) l'heure (de la naissance) ».
❖
♩ Courant.
1 Étude de la destinĂ©e d'une personne, fondĂ©e sur les influences astrales sensĂ©es s'exercer sur elle depuis l'heure de sa naissance; observation faite de l'Ă©tat du ciel, des aspects (cit. 31 et 33) des astres Ă  ce moment. ⇒ Astrologie; ascendant; carte (du ciel), nativitĂ© (thĂšme de nativitĂ©). || Faire, dresser l'horoscope d'un enfant. || Établir le thĂšme gĂ©nĂ©thliaque (cit.) et Ă©difier un horoscope. || Tirer l'horoscope de qqn. || Diseurs, faiseurs, tireurs d'horoscopes (→ Charlatan, cit. 1; crĂ©dule, cit. 2). || Lire, consulter son horoscope (→ EurĂ©ka, cit. 1). || PrĂ©dictions, prĂ©sages d'un horoscope. || Bon, mauvais horoscope.
1 (
) et ceux qui ont dressĂ© son horoscope ont prĂ©dit qu'il serait un jour grand Seigneur Ă  Rome (
)
Cyrano de Bergerac, Lettres satiriques, À M. Le Coq, ƒ. diverses, p. 131.
2 L'on souffre dans la rĂ©publique les chiromanciens et les devins, ceux qui font l'horoscope et qui tirent la figure (
)
La BruyÚre, les CaractÚres, XIV, 69.
3 On ne peut trop répéter qu'Albert-le-Grand et le cardinal d'Ailli ont fait tous deux l'horoscope de Jésus-Christ. Ils ont lu évidemment dans les astres combien de diables il chasserait du corps des possédés, et par quel genre de mort il devait finir; mais malheureusement ces deux savants astrologues n'ont rien dit qu'aprÚs coup.
Voltaire, Dict. philosophique, Astronomie.
3.1 Flore avoua son secret et voulut savoir, avant tout, si sa flamme Ă©tait nĂ©e sous d'heureux auspices. AngĂ©lique, aussitĂŽt, tira de son cabas un planisphĂšre cĂ©leste qu'elle Ă©pingla au mur; puis, prenant la date de la veille pour point de dĂ©part de son horoscope, elle se plongea dans une grave mĂ©ditation, semblant se livrer Ă  un calcul mental actif et compliquĂ©. À la fin elle dĂ©signa du doigt la constellation du Cancer, dont l'influence bienfaisante devait prĂ©server de tout dĂ©boire les futures amours de Flore.
Raymond Roussel, Impressions d'Afrique, p. 271.
3.2 Cette suite d'interrogations n'autorise pas à oublier que les textes d'horoscopes contiennent les débris d'une vision du monde : le zodiaque, les constellations, les destins inscrits dans les étoiles, le firmament comme écriture divine, déchiffrable par les initiés à l'usage des intéressés. Vaste symbolisme qui a inspiré l'architecture, qui se lit sur beaucoup de monuments, qui résume une topologie (jalonnement et orientation de l'espace cosmique et social, celui des pasteurs, des paysans, puis des urbains).
Henri Lefebvre, la Vie quotidienne dans le monde moderne, p. 161.
2 (Mil. XVIIe). PrĂ©diction de l'avenir par un procĂ©dĂ© quelconque. ⇒ Magie, et le suff. -mancie.
4 (
) ma cousine, en train de se faire dire son horoscope par quelque esclave habile à lire dans le marc de café.
Loti, les Désenchantées, XIX.
5 (
) elle lui saisit le poignet, et lui posa la main, retournĂ©e, sur la nappe. Il crut qu'elle voulait lire son horoscope : — « Non », fit-il, en cherchant Ă  se dĂ©gager. (Rien ne l'agaçait autant que les prophĂ©ties [
])
Martin du Gard, les Thibault, t. VI, p. 26.
❖
DÉR. Horoscopie, horoscopiste.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • horoscope — Horoscope. s. f. Observation de l estat du ciel au point de la naissance de quelqu un, par laquelle les Astrologues pretendent juger de ce qui luy doit arriver dans tout le cours de sa vie. Faire l horoscope de quelqu un. dresser son horoscope.… 
   Dictionnaire de l'AcadĂ©mie française

  • horoscope — c.1050, horoscopus, from L.horoscopus; the modern form is considered to be a mid 16c. reborrowing via M.Fr. horoscope. Ultimately from Gk. horoskopos nativity, horoscope, also one who casts a horoscope, from hora hour (see YEAR (Cf. year)) +… 
   Etymology dictionary

  • Horoscope — Hor o*scope, n. [F. horoscope, L. horoscopus, fr. Gr. ?, adj., observing hours or times, esp. observing the hour of birth, n., a horoscope; ? hour + ? to view, observe. See {Hour}, and { scope}.] 1. (Astrol.) (a) The representation made of the… 
   The Collaborative International Dictionary of English

  • horoscope — [n] astrological forecast astrology, crystal gazing, prediction; concept 70 
   New thesaurus

  • horoscope — Horoscope, ou l ascendant de la nativitĂ©, Horoscopus 
   Thresor de la langue françoyse

  • horoscope — â–ș NOUN â–Ș a forecast of a person s future based on the relative positions of the stars and planets at the time of their birth. ORIGIN Greek h roskopos, from h ra time + skopos observer 
   English terms dictionary

  • horoscope — [hĂŽrâ€Čə skƍp΄] n. [Fr < L horoscopus < Gr hƍroskopos, observer of the hour of birth < hƍra, HOUR + skopos, watcher, by metathesis < IE * spokos < base * spek , to SPY] 1. the position of the planets and stars with relation to one… 
   English World dictionary

  • Horoscope — In astrology, a horoscope is a chart or diagram representing the positions of the Sun, Moon, planets, the astrological aspects, and sensitive angles at the time of an event, such as the moment of a person s birth. The word horoscope is derived… 
   Wikipedia


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